Pour une huitième année consécutive, l’événement “Le 12 août , j’achète un livre québécois” se déroule un peu partout au Québec et même ailleurs dans la francophonie ! Lancée en 2014, par les auteurs Amélie Dubé et Patrice Cazeault, l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois a été créé pour dynamiser le marché du Québec et encourager les lecteurs à se tourner vers ce qui se fait ici. D’abord dans un événement sur Facebook où les gens devaient s’inscrire, cette journée devait être éphémère. Elle ne s’est pas essoufflée au fil des ans. Depuis, la plupart des librairies portent une attention particulière à la mise en valeur des livres québécois. Un peu comme une fête, on célèbre le travail des auteurs, des illustrateurs et des maisons d’éditions d’ici.

Pour vous aider dans vos choix, voici quelques uns de mes lectures marquantes de cette année et quelques incontournables moins récents car “on fait de grands livres au Québec!’ *

L’homme est un lion que je n’ai su faire rugir / Pierre-Luc Gagné (HAMAC)

Et si la quête de l’autre devenait une quête de soi? L’Homme est un lion que je n’ai su faire rugir offre un portrait, parfois cynique et cru, des relations affectives entre hommes. Cet assemblage poétique s’encre à mi-chemin entre la mélancolie, le désir et l’abandon comme objets de fantasmes. Le « je » tente de se comprendre à travers l’Homme, figure plurielle qui traverse l’oeuvre de Gagné, en entretenant avec celle-ci un contact charnel et émotif. En mariant l’érotisme et la tendresse à la provocation, les poèmes de Pierre-Luc Gagné conduisent le lecteur dans un parcours cahoteux, celui d’un être en quête de sensations. Et si la vie était un parc d’amusement? Et si l’Homme était le panthéon de son existence? Et si la fuite était plus stimulante que l’équilibre? Et si c’était ça, l’amour?

Ce que j’en pense :

Des poèmes d’une belle lucidité, sensibles et touchants sur les relations amoureuses et les déceptions qui, parfois, nous transformeront. Beau premier recueil sensuel, cru et moderne !

Le territoire sauvage de l’âme / Jean-François Létourneau (Boréal)

Dans la tente de prospecteur dressée derrière la maison, à l’orée de la Massawippi, sous les pruches menacées par les haies de cèdres et les tondeuses à gazon, Guillaume peut déjà entendre les autos au loin. L’autoroute projetée passera à quelques kilomètres de la ferme. Couché sous la toile, pendant que les gens travaillent pour mettre du gaz dans leur char, il sait ce qu’il va faire de sa sabbatique : il racontera des histoires aux enfants. Il leur dira le nom de ses anciens élèves de Kuujjuaq, leur décrira les levers de lune sur la Koksoak.Koksoak! Koksoak ! On dirait le cri du corbeau. Ainsi se nomme le fleuve qui traverse Kuujjuak. C’est là que Guillaume a décroché son premier emploi de professeur. Il a enseigné aux Inuits, qui, après la quatrième année du primaire, sont obligés de choisir entre l’anglais et le français. D’abord, il a survolé un pays qu’il croyait aimer mais dont il ignorait tout. Ensuite, il a aperçu le village par le hublot, déposé comme un jouet d’enfant à travers la grisaille, le crachin et le roc. Puis il y a eu ces douze adolescents, capuchons sur la tête, qui le fixaient en silence. Ce n’est qu’après que sont venus les expéditions de chasse upriver, où le caribou se fait de plus en plus rare, et, au beau milieu de la nuit, le match de hockey le plus âprement disputé qu’il ait jamais vu. Guillaume comprend que, un jour pas si lointain, ses enfants reviendront en pleurs de la forêt, parce que les bulldozers seront juste derrière la tente. Il ne saura quoi leur dire. Il n’aura que le silence du Nord à leur offrir. Jean-François Létourneau signe ici un premier roman qui célèbre le Nord, ses paysages, les gens qui l’habitent, ainsi que cette vie que nous voudrions transmettre, intacte, dans toute sa splendeur, à celles et ceux qui viendront après nous.

Ce que j’en pense :

Guillaume est un enseignant qui, dans une sorte d’élan de nostalgie dans sa cours    entourée de petits cèdres et du bruit de son quartier,  va décider de raconter à ces nouveaux élèves, l’histoire de ses premiers étudiants,  des adolescents d’un village à Kuujjuaq.  C’est à travers ce récit, que l’on découvre , avec lui, ce qui l’a profondément marqué. Ces jeunes adultes qui selon ses dires, fixaient le silence… en attendant les périodes de la chasse et surtout, de ces parties de hockey auxquelles Guillaume va participer et qui vont tout changer !   Premier Roman de Jean François Létourneau – Territoire sauvage de l’âme (Boréal) superbement  écrit racontant l’histoire de ce jeune enseignant qui, en désirant offrir une éducation à ces jeunes, en apprendra plus sur lui-même. En communion avec la nature, personnage en soi, il va revenir vers le sud,  transformé par son expérience. Un roman sur la fragilité de l’humain, des rencontres et des expériences qui nous façonnent et la beauté de la nature …. Assurément, un de mes livres préférés de cette année !

La fille d’elle-même / Gabrielle Boulianne-Tremblay (Marchand de feuilles)

Dans un village à la lisière d’une forêt de conifères, une petite fille se sent différente ; tout le monde croit qu’elle est un garçon. Souliers toujours trop petits, coupe champignon, elle se fait traiter de fille manquée, fume des cigarettes pour ne plus grandir et traîne pendant toute son adolescence un garçon mort dans son portefeuille, jusqu’à ce qu’elle se donne naissance en quittant la terre à l’origine de sa tristesse.

Ce que j’en pense :

Parcours sensible et poignant dans les sentiers de l’enfance d’une jeune femme prise dans le corps d’un garçon. Le roman de Gabrielle Boulianne-Tremblay se démarque par son lyrisme et la beauté des mots évoquant les écrits de Virginia Woolf et de Gabrielle Roy. Elle brode autour de cette quête identitaire, les sujets universels de la famille, de l’amitié, des espoirs et des premiers amours… Un roman qui se déguste à petites doses, comme une discussion intime entre deux amis. Un moment de lecture au souffle évocateur et sublime qui inspire.

Un immense coup de cœur!.

Grâce à leur énorme usine, les Lelarge contrôlent le marché des fruits de mer sur la Côte-Nord quand survient, sur la plage de Baie-Trinité, un visiteur à l’élégance suspecte, lié à un mystérieux conglomérat japonais. Pour Frédéric Goyette, fonctionnaire dépressif de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, amateur d’aquavit et de jazz inécoutable, c’est le début de l’enquête. Quant à Laurie Lelarge, cadette rebelle de sa famille, l’homme en vient vite à exercer sur elle un attrait confus, mais irrépressible. Elle ignore encore que Mori Ishikawa est l’auteur d’une invention qui est promise à changer le cours de l’histoire…

Ce que j’en pense :

C’est vraiment une fiction étonnante et qui plonge aux sources des contes et légendes d’ici… et d’ailleurs ! Voté à l’unanimité par le jury du Prix Robert-Cliche du meilleur premier roman, on comprend assez facilement pourquoi les membres se sont tous et toutes accordés pour le nommer! C’est écrit d’une plume allumée, lyrique et singulière, parfois très insolite, mais souvent remplie de surprises. Ce premier roman fort, ouvre la voie à une brillante suite des choses pour cet auteur et médecin. Incontournable pour s’évader cet été et tout au long de l’année. Parmi les livres marquants de l’année, selon moi !

Valide / Chris Bergeron (XYZ)

D’abord : ceci est une mutinerie. Et si notre mutinerie doit réussir, il faut que je nomme bien les choses, sans détour. Sans ça, tu ne dérogeras pas à tes certitudes. Alors voilà: je suis trans. Comme dans transgression. J’ai cassé les genres, je me suis soustraite aux codes. Je suis trans. Comme dans translation. J’ai fait glisser les éléments qui constituent ma personne d’un état vers un autre. Ma géométrie a été variable. Je suis trans. Comme dans transmutation. Ma vie est une alchimie. J’ai fait de l’or avec du plomb. Je suis trans. Comme dans transports amoureux. J’ai connu toutes les ardeurs. Celles des femmes, celles des hommes et celles de cielleux qui ont quitté le bal des binarités. Je suis trans. Comme dans transie. Par la peur, par l’amour, par la solitude. Je suis trans. Comme dans transhumance. J’ai changé de troupeau et de pâturage. J’étais un mouton. J’ai tenté d’être une brebis. Mais en vain. Je comprends aujourd’hui que je suis une louve parce que je suis trans. Comme dans transgenre. Et ce soir, je suis une révolution. /avertissement: code rouge… activation du protocole d’extraction-interrogation… échec de transmission… standby/

Ce que j’en pense :

Déjà, le sous-titre :” roman autobiographique de science-fiction » , interpelle ! Christian enregistre une sorte de confession de quelques heures, en temps réel dans le livre,  auprès de David, une intelligence artificielle se nourrit des informations qu’on lui donne , peut-être malgré nous, un peu similaire de nos assistants personnels comme Google ou Siri. Mais qui contrôle qui ici, dans ce roman fascinant de Chris Bergeron ? L’autrice nous propose une intrigue qui s’installe tout doucement à l’image de ces petits outils numériques qui s’insinuent dans nos habitudes au quotidien.  Dans ce livre aux genres hybrides, où l’autofiction rencontre la science-fiction, cette dystopie qui se déroule à Montréal en 2045, donne froid dans le dos. Chris Bergeron, femme trans, dépose les bases d’un roman inspiré de ces propres expériences, mais aussi illustre bien les préoccupations de tout être humain qui cherchent à trouver une place dans une société et qui plus est , ici,  où chaque action doit être validée par une intelligence artificielle. Véritable hommage aux livres du genre, cet hybride de plusieurs langages et univers littéraires se révèle d’une incroyable efficacité et étonne souvent  par les rebondissements et de multiples confessions du narrateur /  narratrice. Vous serez absorbé par l’originalité de la lecture, jusqu’à la fin explosive !  Une belle surprise des derniers mois et le début d’une série, je l’espère ! 

La lutte pour le territoire peut être belle. Riopelle y met tout son cœur, tout son art, contribue au Bivouac en plein bois comme à une dernière chance de sauver à la fois Gros Pin et une humanité en déroute. Pendant ce temps, à la Ferme Orléane, Anouk et Raph s’y attellent les deux mains dans la terre, portées par la possibilité d’une agriculture et d’un vivre-ensemble révolutionnaires… ainsi que la promesse de suffisamment de conserves pour retourner passer l’hiver au chaud dans leur tanière. Mais là où certains voient une Nature alliée à protéger, d’autres voient une ressource à exploiter. Jusqu’à ce que le bois grince, que la terre craque. “Je divague. Un arbre me parle. Je pique vers lui, un hêtre de mon âge, pour flatter son écorce lisse. Toucher du bois. Mes bras sont raides comme des bâtons de ski. Je fais une prière tacite. Forêt, aide-moi.”

Ce que j’en pense :

Bivouac, est le dernier tome d’un triptyque sur le thème inspirant de la nature et du retour aux choses essentielles comme la permaculture, la vie en communauté de Gabrielle Filteau-Chiba publiés chez XYZ. Après Encabanée et Sauvagine (finaliste au prix France Québec) et avec ce ton juste qui propose   au lieu d’imposer une vision sur l’urgence climatique, l’écrivaine prend vraiment sa place dans notre paysage littéraire, avec ce nouveau roman. Après le thème de la solitude ou celui de l’abandon des deux premiers livres,  dans  Bivouac, c’est le mi li tan tisme qui au centre de l’intrigue auquel se joindra le couple formé par Anouk et Raphaëlle rencontré dans les deux premiers romans.   On peut lire le tour dans l’ordre ou non. On peut lire l’un ou l’autre sans s’y perdre, mais peu importe, entrez dans son univers et  soyez  transporté par la sensualité, la lucidité, la bienveillance,  la douceur et la poésie de la jeune autrice , tout en nous invitant à prendre part au mouvement citoyen en marche.

J’ai tout mis dans des boîtes à chaussures que j’ai été porter dans la cour. J’ai imbibé le carton de combustible à fondue et j’ai allumé. Le feu a été long. En voyant les couleurs qui montaient du bûcher, mes yeux se sont embués. Ce bleu-vert qui fendait l’air, était-ce le polaroid de ma confirmation? Quelle fête ancienne expirait de ce grésillement? J’avais la gorge serrée: je tuais quelque chose. Je pleurais mes traces.Un collectionneur passionné de bandes dessinées se voit menacé d’éviction par son propriétaire, car son appartement, encombré d’innombrables albums, est réputé insalubre. Au moment où il prend sa retraite de l’enseignement, un homme est amené à réexaminer un épisode mystérieux de son enfance et se rend compte, à un demi-siècle de distance, qu’il a sans doute été témoin d’un meurtre. Un vieil acteur argentin, jadis célèbre, en tournage au Québec dans une coproduction internationale, confie à son chauffeur combien il trouve scandaleux, à son âge, de devoir gagner sa vie en faisant semblant d’être quelqu’un d’autre. Au cours d’une retraite dans un monastère, un homme renoue avec un oncle qu’il avait depuis longtemps perdu de vue et qui s’est récemment mis en ménage avec une toute jeune femme, qu’il appelle « sa fille ». Un homme, à qui on a diagnostiqué un cancer, ne lui donnant plus que deux mois à vivre, brûle tous ses souvenirs et achète un aller simple pour le Cambodge.Dans chacune des nouvelles de ce recueil, il y a un personnage qui prend conscience que sa vie est finie, comme on le dit d’un ensemble fini. Que faire du temps qui reste, alors? Que faire de soi? Des objets qu’on a accumulés et qui seraient la seule trace de notre passage sur terre? À qui se donner? La prose si personnelle de Michael Delisle fait encore une fois merveille pour sonder la profondeur de l’instant en apparence le plus banal, pour éclairer ce qui se cache sous la surface lisse de la vie, pour éclairer le mystère sans jamais lui faire perdre son pouvoir de fascination.

Ce que j’en pense :

 Je vous suggère maintenant ce beau recueil de 8 nouvelles fascinantes et touchantes par un de nos meilleurs écrivains au Québec.  Michael Delisle ne fait jamais dans la fioriture ni dans l’excès. Ces écrits sont d’une hallucinante simplicité sans tomber dans la facilité.  Il y a dans cette plume, une force dans les émotions qui est désarmante. Vraie.  L’âme humaine et sa richesse y sont toujours transposées d’une façon captivante. Ici, dans ce nouveau recueil “Rien dans le ciel”, Delisle nous parle de ces hommes qui sont tous à l’heure du bilan. La fin de quelque chose. Un sujet que privilégie l’auteur.  Il y a l’histoire de celui-ci qui prend sa retraite, un autre qui vit un divorce, celui qui reçoit un verdict fatal, la tentative de suicide du suivant…  On pourrait penser que tout ceci est triste et lourd,mais, détrompez-vous, la facilité qu’a Delisle de nous présenter ces univers et de nous faire apprécier rapidement ces hommes, rend le tout fort captivant ! Comment vont-ils réagir? Quel sera le résultat de ces épreuves ?  Ces textes se lisent tels un roman, les personnages et les événements se liant de façon si unique et réaliste, pour nous révéler la beauté dans la cruelle destinée que peuvent subir ces personnages. Un hymne à vivre pleinement,  un trésor littéraire à découvrir absolument ! 

Larves de vie / Christine Gosselin (Hamac)

Le bois humide de ma tête a attiré des fourmis qui ont aménagé mon esprit. J’ai perdu mon chez-moi. Depuis, les bestioles grugent un système de galeries et affaiblissent ma structure. Elles se nourrissent de moi, recrachent les organes vitaux à moitié digérés pour me permettre de rester en vie.

Ce que j’en pense :

Puissant et déroutant livre qu’est ce premier roman de l’autrice Christine Gosselin! Partant de la thématique de notre dégoût des insectes, elle puise dans cette émotion, un texte écrit d’une belle et audacieuse prose ! L’histoire de cette femme qui a des fourmis dans les cheveux et des vers dans le ventre, dépeint ainsi des émotions fortes aux images puissantes qui poussent notre expérience de lecture à des niveaux rarement égalés. C’est oppressant, c’est viscéral … presque!


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